Quel sera le sujet phare de la présidentielle de 2012 ?

samedi 20 octobre 2007

Un espace de gauche hors de la gauche est-il possible ?

Par Frédéric COSTE,

D’aucuns voient le facteur clivant la société à travers la notion d’individualisme engendrant l’égoïsme. A l’opposé serait reconnue une solidarité caractérisée par une vision collective. Confronter ces deux visions -le collectif contre l’individu- laisserait penser que la gauche serait assimilable à la première et la droite à la seconde. Pourtant, le processus d’individualisation a eu ses premiers critiques sur sa droite –et non sur sa gauche- depuis la Révolution. Hormis ceux favorables à une théocratie, nombre des critiques de l’individualisation, dont certaines de nos plus belles plumes de la littérature française, voyaient dans ce mouvement les prémisses d’un retour à la nature. Or, la nature est vue pour eux comme la force et l’inégalité. Tandis que le rousseauisme s’efforce de montrer un homme bon, ces critiques pensent à l’inverse que l’homme doit être encadré afin qu’il nuise le moins possible. Ils opposent à l’individu la société.
De nos jours, associer vision collective et gauche relève de l’anachronisme. Tous les principaux tenants des « droits de l’homme », qui ne sont pas autre chose que la sacralisation de l’individu dans sa forme la plus aboutie, sont à gauche et à l’extrême gauche.

D’autres critères structurants sont donc à trouver. Critères qui ne distinguent d’ailleurs pas la droite de la gauche, d’où la difficulté de créer un nouveau cadastre rassurant. Ils ne sont pas discriminants dans le sens où, s’ils ont pour but d’établir ce qu’est la gauche aujourd’hui en France, ils ne prétendent pas que la droite est son miroir inversé. Ils montrent donc l’existence d’un espace politique des possibles de gauche hors de la gauche.

Le critère principal que nous proposons est d’appréhender la politique à travers la notion de « la morale ». Comment caractériser la gauche en France de nos jours ? Par ses combats en terme de « morale ». La vision de la gauche est la suivante : par la sensibilisation de l’Homme à faire le Bien grâce à la « morale », aboutissant à être aux côtés du Bien –c’est-à-dire le plus à gauche possible-, la société sera vertueuse. En devenant « vertueuse », cette société règlera les problèmes sociaux. La moralisation est un préalable à la résolution de toute question sociale. En fait, c’est sa condition même. Cette vision en termes de « morale » est bien caractérisée par le fait que tous les mouvements sociaux de nos jours ont comme base de revendication « les droits de l’homme ». C’est le paradoxe apparent que l’on soulignait précédemment : l’extrême gauche, première à défendre l’individualisme occidental! Cette morale, nous faisant découvrir notre propre humanité, constitue selon la gauche notre salut collectif. L’élément le plus révélateur de la confusion entre morale et politique est son « antifascisme », qui sert à la gauche de substitut à tout programme et entretient une ferveur militante qui se suffit à elle-même. L’« antifascisme », terme qui semble suranné dans son emploi, est déterminant dans le monde des idées de gauche depuis le début du XXème siècle. Il regroupe deux aspects : un antiracisme exacerbé et un combat contre tout ce qui est sécuritaire. L’hystérie ambiante au débat collectif est due à la « morale » via sa lutte contre les fachos ou autres réacs censés réunir ces deux maux. Si on « lutte contre le fascisme », c’est qu’on attribue à son combat une dimension de lutte du Bien contre le Mal. Il ne peut donc être autrement que toute personne contrariant notre « opposition au fascisme » sera soupçonnée d’être dans le camp du Mal lui-même dans le meilleur des cas. Dans le pire, on lui accolera l’étiquette infâmante de facho. Tout débat est inconcevable face au dogme que constitue « la morale ». Tous les agnostiques des « droits de l’homme » sont sommés d’abjurer leur laïcité morale. C’est ainsi que la gauche en France pratique l’épuration intellectuelle : tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous, et sont donc des crypto-fascistes. On perçoit bien là comment un combat politique en termes de « morale » engendre la pensée totalitaire que l’on connaît de nos jours à gauche.

Si nombre d’ouvriers ont quitté la gauche, c’est pour une raison : la gauche pense répondre à des questions sociales par la morale. C’est-à-dire qu’un champ considérable à gauche est laissé en friche : répondre à des questions sociales par le social. Pour toucher le social, la gauche passe par la morale. On comprendra donc comment la gauche a tant de mal à atteindre le social aujourd’hui. Il existe donc un espace de gauche que l’on qualifiera de « social-réalisme ». Il convient d’éviter de vouloir apporter des réponses sociales par quelque dogme que ce soit et au premier chef par celui de la « morale ».Notre réalisme sur le social est la vision la plus à même de contribuer à résorber les problèmes sociaux.

mardi 16 octobre 2007

PS : La rénovation impossible

Par Marc d'Here,

La rénovation du PS, évoquée si souvent, n’a aucune chance de se réaliser, faute d’acteurs pour la mettre en œuvre, d’alliés pour la soutenir, d’espace pour se déployer. Le parti socialiste est donc condamné à rester peu ou prou ce qu’il est, seul de son espèce en Europe, et son déclin va se poursuivre, plus ou moins vite, mais inexorablement.
Le PS ne se rénovera pas d’abord parce que il n’a pas en son sein de responsables désireux ou capables de mener cette rénovation et que les militants qui la souhaitent vraiment sont très minoritaires. Les « rénovateurs » du PS, et leurs proches l’ont quitté, comme Bockel, Besson, Kouchner, Allègre, ou s’éloignent comme Rocard ou DSK. La lutte qui oppose Hollande, Royal, Delanoë, et quelques quadragénaires, ne se déroulera pas autour des idées d’une gauche moderne dont aucun ne veut (sauf Royal par intermittence), et qui ne correspond pas au positionnement qu’ils souhaitent adopter en interne. Voulant s’assurer le soutien des militants, aucun ne prendra le risque de trop les bousculer dans leurs préjugés et leurs habitudes de pensée. Dans la lutte interne qui va s’amplifier, la rénovation restera donc un slogan.
Autre obstacle, les alliances du PS qui le lient et l’empêcheront de s’émanciper de sa ligne conservatrice au cas où il en aurait eu l’intention. Comment adopter des positions modernistes et ouvertes lorsqu’on a impérativement besoin des votes du PC, des verts, du MRC et même, pour faire l’appoint, de l’extrême gauche. Toute évolution importante vers une sociale démocratie raisonnable, sans même parler du social libéralisme, l’exposerait aux attaques virulentes de ses alliés et le priverait de leur soutien. Et cette alliance « à gauche » ne sera pas tronquée contre une alliance « au centre », François Bayrou et le MoDem (qui sont eux-mêmes bien peu rénovateurs) n’ayant aucunement l’intention d’apporter leur aide à un PS qui demeure leur concurrent essentiel, notamment pour la présidentielle.
Sans hommes pour la mener, sans alliés pour l’accompagner, la rénovation s’avèrera de plus sans espace pour se déployer car elle conduirait pour l’essentiel le PS à adopter les principes ou les positions de Nicolas Sarkozy. Elle interdirait ainsi au PS de se maintenir dans une posture d’opposition systématique au gouvernement, ce que, Manuel Valls excepté, tout le parti considère comme la seule attitude possible.
Moderniser et rénover le PS ce serait quoi ?
Ce serait à l’instar des partis sociaux démocrates européens, choisir l’initiative, la responsabilité, l’équité contre la réglementation, l’assistance et l’égalité formelle.
Ce serait choisir la réforme contre l’immobilisme et la défense « des acquis ».
La prise en compte de la réalité que représente la mondialisation et la volonté de profiter des opportunités qu’elle offre au lieu de la refuser ou de la nier.
Ce serait manifester clairement son acceptation du marché et de la concurrence libre et loyale, comme son soutien aux entreprises.
Ce serait consentir à réformer le fonctionnement de l’Etat et à alléger son coût.
Ce serait adopter une politique de maîtrise concertée de l’immigration.
Ce serait réformer l’éducation et la santé en accordant davantage d’autonomie aux acteurs.
Ce serait admettre que la lutte pour l’emploi passe par une refonte du droit du travail…
Ce serait, au bout du compte, admettre que la direction fixée par Nicolas Sarkozy est la bonne et que le rôle de l’opposition consiste à discuter des modalités, de l’ampleur et du rythme des réformes, voire à contester les méthodes de gouvernement, sans en remettre en cause les objectifs ou la ligne générale.

Peut-on imaginer le parti socialiste adoptant une telle attitude responsable et constructive? A l’évidence non et c’est pourquoi il est irréaliste de penser qu’il a la moindre chance de se rénover. Il continuera donc à décliner. Et dans le même temps, progresseront ceux qui à gauche s’organisent autour de personnalités comme Eric Besson, au sein de la majorité présidentielle, pour soutenir l’action réformatrice du Président de la République et, dans la mesure de leurs moyens, la faire évoluer vers une meilleure prise en compte de la solidarité et de l’égalité des chances. C’est autour d’eux sans doute, et non plus rue de Solférino, que commence à se construire la véritable rénovation de la gauche.