Quel sera le sujet phare de la présidentielle de 2012 ?

jeudi 18 décembre 2008

Les orphelins de la social-démocratie

Par Gilles Norroy,

En regardant la finale pathétique du 34° congrès du Parti Communiste incarnée par Marie-Georges Buffet, « PC vintage » des années 70 des pieds jusqu’à la tête, je me suis souvenu du livre de Jean-Pierre Gaudard « les orphelins du PC » écrit au début des années 80. Comment ne pas se souvenir de cette prodigieuse construction humaine et politique que fut le Parti Communiste, du grand Marchais des débats télévisés qui dominait comme aujourd’hui Besancenot de la tête et des épaules ses adversaires en utilisant comme ce dernier des arguments simplistes mais efficaces.

Ceux qui venaient de quitter le PC se sentaient alors orphelins car aucune formation politique ne leur proposait une aventure révolutionnaire, une dimension internationale, un modèle d’organisation, une philosophie de l’action totalisante et attractive comme pouvait l’être le marxisme et son application communiste. Et puis cette nostalgie des fêtes de l’Huma quand l’odeur des merguez se mélangeait à une chanson de Jean Ferrat…

Etre orphelin en politique c’est avoir quitté la chaleur d’une famille sans en en avoir trouvé une autre.

Aujourd’hui il n’y a plus pour ainsi dire d’orphelins du P.C car ils se sont faits tous adopter, le plus souvent au Parti Socialiste, mais la période la plus récente a engendré de nombreux orphelins de la social-démocratie en gros ceux qui n’ont pas voulu suivre l’aventure consternante que portait Ségolène Royal et son projet mortifère pour la France et ceux plus récents qui désespèrent des palinodies de la rue de Solferino .

Où vont-ils aller ?

Au Modem, mais n’est-ce pas pour rejoindre un possible premier ministre de Ségolène ? Au Parti Radical car il est porteur d’une tradition humaniste ? Mais au-delà de la personne sympathique de Jean-Louis Borloo, n’est-il pas en plus petit, porteur des maux qui minent le P.S ? A Gauche Moderne alors ? Projet séduisant certes mais porteur de quelles nouvelles idées ? Aux "Progressistes" enfin ? Mais ce n’est toujours qu’un think tank.

C’est dire en tout cas, l’urgence, pour la majorité présidentielle, de rassembler les SDF sociaux-démocrates car en ces temps de froidure il ne fait pas bon être dehors.

lundi 15 décembre 2008

Inviter au banquet de la politique.

Par Gilles Norroy,

Le discours de Jean-Marie le Clézio lors de sa réception du prix Nobel de littérature m’a particulièrement ému. Il affirme que la responsabilité de l’écrivain est «d’inviter au banquet de la culture». Il cite en exemple Rabelais partant en guerre contre les cuistres universitaires de son époque, exprimant une langue verte, mais populaire. Il parle aussi de cette femme, sauvage dénudée au cœur de l’Amazonie, porteuse d’une merveilleuse et immense culture.
Je ne peux m’empêcher de penser que les propos de Le Clézio pourraient s’appliquer à la politique.

Qui aujourd’hui participe au banquet de la politique ?
Comme dans tout banquet, il y a ceux qui ne viennent que pour manger, ceux qui viennent pour parler, ceux qui servent, ceux qui invitent et ceux qui paient, c'est-à-dire tout le monde.
Ils sont des professionnels pour l’essentiel, parfois pour les accompagner les organisateurs de «spectacles politiques» invitent des «sachants» : économistes distinguées, politologues reconnus, experts en opinion etc. C’est le principe même des tables rondes où l’on mélange people de la politique et experts. La salle dans le meilleur des cas peut poser des questions et est surtout invitée à applaudir.
J’avoue ma lassitude à participer, depuis sans doute trop longtemps, à ce genre d’événement.
Comment trouver d’autres chemins à la politique ?
Comment la faire redevenir populaire pour éviter notamment qu’elle ne tombe aux mains des populistes ?
Cela passe d’abord par le langage même du politique qui doit s’efforcer d’employer les mots de tous les jours.
Cela passe aussi par le choix d’autres lieux pour s’exprimer : notre Président en montre l’exemple en choisissant de parler dans des entreprises beaucoup plus souvent que ses prédécesseurs.
Il s’agirait enfin, pour parler comme le Clézio, de donner la parole «aux sauvages porteurs d’une autre culture», par exemple ceux qui travaillent dans l’entreprise, c'est-à-dire la majorité des Français qui devient minorité oubliée dès lors que l’on rentre dans le champ politique.

Eric Besson propose de créer une confédération de la majorité où toutes les sensibilités pourraient s’exprimer.
Pour les Progressistes, symboles même de l’ouverture, c’est une opportunité mais aussi une obligation, car en politique il y a toujours besoin d’émerger, ce qui de mon point de vue n’est pas affaire de marketing politique, mais d’être capable dans le même mouvement de saisir l’esprit du temps et d’anticiper les changements à venir.
Redonner aux Français le goût de la politique, faire venir des énergies nouvelles dans le combat pour transformer la France, trouver des formes différentes pour le militantisme et l’engagement citoyen se résument assez bien dans la vision que l’on peut avoir des bonheurs d’un banquet : la convivialité et la découverte des autres, les noces recommencées du plaisir et de l’esprit.

vendredi 28 novembre 2008

Réformes, re-forme,

Par Gilles Norroy,

En modifiant les statuts du Pari Socialiste, il y a quelques années le tandem Jospin-Hollande pensait avoir trouvé la formule miracle : un vote par motion pour refléter le débat politique et un vote nominal pour garantir la légitimité du Premier Secrétaire. On aura obtenu tout l’inverse : des motions qui ne diffèrent que par des nuances et ne doivent leur existence qu’au lancement des écuries présidentielles et une Première Secrétaire qui élue par quelques voix d’avance portera pendant tout son mandat le soupçon jeté sur elle par sa concurrente.

Ce qui arrive au Parti Socialiste ne saurait être sujet de moqueries ou de réjouissances tacticiennes, c’est bien la démocratie française dans son ensemble qui est concernée. Le risque est grand de voir les Français écœurés par ce spectacle reprendre le chemin de l’abstention.

Au-delà du Parti Socialiste ce qui est posé aujourd’hui c’est la légitimité démocratique des partis politiques.

Peuvent ils « concourir à l’expression du suffrage » selon les termes de la constitution s’ils ne sont régis que par des pratiques clientélistes, s’ils n’ont d’autres débats que ceux façonnés par les spécialistes du marketing politique, s’ils ne sont que concours de beauté présidentiels ?

Ce rapport entre la base et les dirigeants diffère selon les formations et est souvent en grande partie la source de leurs difficultés.

Le RPR est mort du caporalisme qui était l’héritage du Gaullisme, supportable quand il s’agissait d’être aux grandes heures de l’histoire avec le Général de Gaulle, difficile à avaler quand il ne s’agissait plus que des petits moments à passer avec Jacques Chirac.

Les Verts porteurs d’un grand sujet, au cœur de la modernité, se sont laissés détruire par leur fonctionnement suicidaire, révélateur d’un certain masochisme écolo.

Quant au Modem, ambitieux dans son projet, n’est-t-il pas autre chose que le parti d’un seul homme ?

Voilà peut-être venu le moment de réfléchir à quelques questions de société : peut-on laisser la démocratie française en l’état, faut il l’abandonner au régime des partis pour reprendre la formule Gaullienne ou inventer de nouvelles voies ?

En d’autres mots ne faut-il pas que parallèlement aux réformes de la société s’engage une réflexion sur une re-forme des mécanismes politiques ?

J’aimerais que les Progressistes s’emparent du sujet qui est celui de la réconciliation de la société civile et de la classe politique et celui de la gouvernance de la France : limitation du nombre et de la durée des mandats, statut et financement des partis politiques, accès aux médias, statut des élus, possibilité de candidats libres, éducation à la citoyenneté : que de re-formes à engager !

mardi 25 novembre 2008

Pendant ce temps-là à Washington ...

J’ai gardé pour le Parti Socialiste un peu de cette tendresse qui prend parfois la suite des amours passées.

J’ai gardé mon admiration pour les grands hommes de la Gauche dont je me revendique toujours : Jean Jaurès, Mendès France, Jacques Delors, Michel Rocard.

J’ai gardé de l’amitié pour nombre de socialistes sincères.

C’est en pensant à eux au lendemain du congrès de Reims qu’un sentiment m’envahit : la consternation.

Comme certains d’entre eux me l’ont confié, c’est la logique du moindre mal qui va les guider.

Ségolène est toujours là, malgré sa prestation à la Chantal Goya au Zénith qui aurait du la ridiculiser définitivement. Mais finalement la guignolisation de la politique française a encore de beaux jours !

Pour elle l’enjeu est évident, sa première déclaration après le vote des motions le dit clairement : il faut permettre aux français quelque soit leur revenu de participer au débat : en d’autres termes après les adhérents à vingt euros par ans place aux adhérents à deux euros qui viendront voter en masse pour son investiture à l’élection présidentielle.

Martine Aubry a le mérite d’un discours plus complet malgré la confusion du rassemblement qu’elle conduit qui regroupe partisans et adversaires du projet de constitution européenne.

Pour faire de la politique depuis de nombreuses années, j’ai fini par me rendre compte qu’elle était un métier où on ne choisissait pas forcement les meilleurs. Un fonctionnaire besogneux, porté par un égoïsme vital, peut prendre l’avantage sur un esprit brillant mais idéaliste.

Je pense toutefois que l’on atteint avec cette opération du congrès de Reims, une nouvelle étape dans un recul de la qualité du débat public en France.

Beaucoup d’élus et de responsables du P.S. sont d’ailleurs comme des curés qui auraient perdu la foi, mais se sentiraient trop vieux pour prendre un autre métier.

D’un point de vue tactique on pourrait s’amuser ou se réjouir de cette situation.

Je crois qu’elle est surtout navrante pour la démocratie française.

Pendant ce temps là à Washington, le somment du G20 permettait des avancées importantes dans le processus de régulation des mécanismes financiers internationaux.

Le rôle de Nicolas Sarkozy y a été déterminant.

Les Progressistes qui sont nombreux à venir des rangs du Parti Socialiste, trouveront sans doute dans cela, pour autant qu’ils en aient encore besoin, un réconfort supplémentaire d’avoir quitté leur galère précédente.

Le parti d'Epinay est mort à Reims

Par Roger FALZJYNZBERG,

Y a t-il un vainqueur au sortir du congrès de Reims du Parti Socialiste? La réponse simpliste dirait que c’est Martine Aubry. La direction du parti socialiste l’a déclarée élue et le Conseil national qui se réunira mardi soir refusera probablement la demande de sa concurrente, Ségolène Royal, de rejouer le second tour de scrutin. Le Parti socialiste aura un nouveau premier secrétaire

Réponse probablement trop simple. Que vont peser, en effet, les 42 voix d’avance de Martine Aubry face à l’impressionnante dynamique qui a porté Ségolène Royal de 29% au vote des motions à près de 50% au second tour de l'élection du Premier secrétaire en passant par les 43% du premier tour alors que, partant de 25%, celle ci aurait dû atteindre 50 puis 57% si les reports arithmétiques s'étaient effectués ? Comment empêcher qu’à la légalité de l’arithmétique électorale qui est celle de Martine Aubry s’oppose la légitimité de la dynamique de Ségolène Royal qui montre clairement l’impopularité du Parti Socialiste, tel qu’il fonctionne, aux yeux d’un adhérent socialiste sur deux ?

Dimanche dernier, j'étais scotché devant la télévision pour assister à la diffusion, en direct par la Chaîne Parlementaire de la représentation, ou plutôt du happening que nous offrait le PS. Je revivais, avec recul cette fois, le congrès de Rennes que j'avais vécu de l'intérieur comme responsable départemental de la motion 1 (Jospin). Dix huit ans après j'avais le sentiment d'un bon remake mais d'une catastrophe politique pour ce parti que j'ai quitté parce qu'à mes yeux, il est dans l'incapacité de servir; dans l'incapacité, malgré le dévouement de ses adhérents et le travail de ses élus locaux, de jouer un rôle utile dans le débat démocratique pour rassembler celles et ceux qui veulent servir le progrès.

Ce qui devait arriver, arrive. Avec des amis nous avions imaginé des scénarios catastrophe. Celui qui est représenté devant nos yeux, est au delà de ce que je pensais. Martine Aubry est le plus petit commun dénominateur des adversaires de Ségolène Royal, mais celle-ci incarne plus clairement un leadership qui probablement correspond mieux au profil d’un futur candidat à la présidence de la République ?
Comment nier que pèsera toujours sur ses adversaires de circonstance le soupçon d’avoir par tous les moyens barré la route à celle qui prétend incarner le renouvellement, l'adaptation aux défis à relever dans les années qui viennent ? Même déclarée vaincue, Ségolène Royal est le vainqueur de ce congrès et, telle la statue du commandeur, elle va se dresser constamment face à une direction nécessairement sur la défensive et incapable d’adopter une ligne politique commune ?

Victoire d’Aubry à la Pyrrhus, victoire réelle de Ségolène donc ? Pas si sûr. Car les véritables vainqueurs du congrès de Reims pourraient bien être ceux qui ont décidé de rompre avec le PS et de rejoindre Nicolas Sarkozy pour affronter les défis qui se dressent devant notre société et devant le monde. J'en suis de plus en plus convaincu. La fonction de défricheurs de notre groupe les-progressistes.fr apparaît, plus que jamais utile à la société française que ce congrès de Reims.

Comme l'a dit Manuel Valls, l’un des lieutenants de Ségolène Royal, la fracture du PS «sera longue et durable» si les adhérents ne sont pas appelés à revoter, ce qui est peu probable. Ainsi donc vont se dresser l’un contre l’autre deux personnalités, deux camps, deux partis même, pourrait-on dire, dont aucun ne reconnaîtra la victoire de l’autre. Tous les présidentiables, Martine Aubry, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal et quelques autres n'auront qu'une idée en tête, car on les connaît bien, ce sera de faire tomber les autres et à ce jeu, comme d'habitude, tout le monde tombera. Aucun rassemblement ne sera possible et tout affaiblissement d’un camp par l’autre sera aussi un affaiblissement du parti dans son ensemble, en admettant même que le parti demeure uni - ce qui, certes, est le plus probable mais n’est plus absolument certain. Deux camps, voire trois ou quatre, qui ont une conception radicalement différente de ce que doit être demain l’organisation socialiste, sa stratégie et bien sûr… son leader.

Le congrès de Reims débouche sur le résultat exactement inverse à celui annoncé. Le Parti socialiste avait un besoin vital de se donner rapidement un leader fort et légitime. Il a échoué. Il lui faudra dans l’avenir revoir l’ensemble de ses processus internes de désignation. Incapable de gérer la question du leadership, il apparaît inutile.

Un parti, celui d’Epinay, est mort cette nuit, mais le nouveau parti socialiste n’est pas près de naître. Cet entre-deux risque de coûter très cher aux socialistes et partant à la démocratie française elle-même.

lundi 3 novembre 2008

Peut-on encore être social-libéral ?

Par Gilles Norroy,

Ayant participé à la rédaction de la motion social-libérale présentée en 2005 au congrès du Parti Socialiste du Mans qui avait recueilli 0,65% des voix, je m’interroge en souriant sur le succès qu’elle aurait au congrès de Reims : sans doute encore moins.

C’est vrai qu’avec la crise financière, il n’est pas très politiquement correct à Droite, comme à Gauche de se référer au libéralisme.
Au Parti Socialiste seul Bertrand Delanoë avait tenté l’aventure, pour se moderniser avant l’été, en essayant de réhabiliter le mot libéral dans son livre mais il a bien vite rengainé l’argument pour se fondre dans le brouet insipide des motions.
Et pourtant, « perinde ac cadaver », je persiste et signe à penser que ce qui se passe dans le monde ne me fait pas renoncer à cette vision politique.
L’histoire de l’humanité a montré que chaque grand courant de pensée a porté en son sein sa destruction : le fascisme a tué le nationalisme, le Goulag le rêve d’une société égalitaire, et pourtant le patriotisme, le désir d’une société fraternelle sont ils sans valeur ? Wall Street va-t-il tuer le capitalisme ?
Il n’est pas besoin de démontrer que l’économie de marché reste «le plus mauvais système à l’exclusion de tous les autres» pour produire des richesses.Que nos nostalgiques de l’économie administrée aillent donc démontrer à un tchèque, un lituanien que c’était mieux avant, ou à un coréen du sud que c’est mieux de l’autre côté !
La crise financière ne prouve pas l’échec du libéralisme mais celui d’un ultra-libéralisme qui a perdu ses repères.
Les fondateurs du libéralisme Adam Smith, Malthus, Ricardo, ne séparaient pas leur théorie économique d’une vision morale et sociale qui peine aujourd’hui à se faire entendre.
Le libéralisme ne se conçoit pas sans règles.
Je ne prendrai qu’un exemple, qui concentre tous les autres, celui des difficultés que traversent les Caisses d’Epargne.
Au-delà des mésaventures d’un trader, Kerviel au petit pied (il n’a perdu que 700 millions d’euros !) on ne fait pas assez savoir que les « papys-mégalo » qui dirigeaient cette société ont cru pouvoir jouer dans la cour des grands en rachetant un établissement basé aux Bermudes qui était un des principaux recycleurs de sub-primes au monde. Au final les Caisses d’Epargne ont du débourser plus d’un milliard d’euros pour renflouer cette société.
On voit bien au travers de cette péripétie, qui démontre que l’on peut passer de 150 ans de gestion Louis Philipparde de l’argent des déposants, à l’aventure sans contrôle, ce qu’il convient de corriger sur un plan national et international.
D’abord la gouvernance des entreprises, pour s’assurer que les pratiques d’un dirigeant soient encadrées par des administrateurs indépendants et efficaces et non pas des amis complaisants.
Ensuite l’établissement de règles prudentielles plus contraignantes empêchant les établissements financiers de jouer avec un argent qu’ils n’ont pas, celui des déposants qui ne leur appartient pas.
Cela pose aussi les limites à mettre en œuvre dans la circulation des produits financiers : faut-il continuer à autoriser la titrisation sans limites, les produits dérivés, les ventes d’actions à découvert ?
Enfin il faut aborder la question des paradis fiscaux. Il est temps de faire en sorte que le droit d’ingérence humanitaire, cher à notre ami Bernard Kouchner, soit complété par un droit d’ingérence fiscal.L’économie de marché n’est pas l’impunité de la mafia.
Au fond ce dont a besoin notre système économique, c’est de redonner place à une éthique.L’éthique personnelle c’est la capacité de confronter son action à des principes moraux. Elle vise à maîtriser le diable qui est en nous pour reprendre le propos de Schopenhauer.
L’éthique économique a une visée similaire, elle vise à protéger le marché de ses égarements.Elle suppose aussi que la question sociale soit au cœur de la préoccupation éthique : un capitalisme vertueux qui ne ferait pas de la juste répartition des richesses un impératif ne répondrait pas à la préoccupation morale qui le fonde.
La période présente est bien celle d’un retour au politique car le capitalisme n’est pas un projet de société à la différence des autres idéologies totalisantes, mais une façon efficace d’accumuler les moyens de la croissance.
La panne du Parti Socialiste qui peine à rassembler dans le débat des motions de son congrès quelques fonctionnaires aux cheveux blancs, s’explique par l’effondrement de la base idéologique de la social-démocratie qui avait pour ambition de redistribuer plus équitablement les richesses produites par l’économie de marché.
Ce système a eu ses vertus pendant quelques dizaines d’année, il touche aujourd’hui à sa fin car il n’arrive pas à penser l’économie de marché en terme de production.
Dans la situation française, il ne suffit pas de se satisfaire d’un Président qui est à la manœuvre avec efficacité. Il faut accompagner son action par un renouveau de ses fondamentaux philosophiques. Cela suppose, car la problématique est mondiale, que la discussion soit portée au niveau international.
Pour les sociaux-libéraux la politique est l’espace qui va de la liberté individuelle à celui de la responsabilité collective.
Remettre de la morale en politique c’est un vaste programme, mais c’est sûrement l’honneur des Progressistes que de contribuer à le poser dans et au-delà de la majorité présidentielle.

dimanche 7 septembre 2008

Obama, l’Amérique, et nous.

Par Gilles Norroy,

Ce qui est nouveau dans la campagne des présidentielles américaines, c’est l’intérêt qu’elle suscite dans le monde. Cela est dû en grande partie au charisme du candidat Barak Obama.
Qui aurait pu imaginer qu’il rassemble 200 000 personnes à Berlin et qu’il se crée partout dans le monde des comités de soutien de personnes qui ne sont pas citoyens des Etats-Unis !

Cet intérêt n’est pas simplement une curiosité pour l’élection américaine, le candidat Démocrate porte en fait les espoirs d’une grande partie du monde car il symbolise la promesse d’un retour de l’Amérique que nous aimons : ouverte, diverse, multiculturelle, soucieuse de démocratie.
Nous les Progressistes, issus le plus souvent de ce que l’on a appelé la Gauche Américaine nous refusons aujourd’hui comme hier, l’anti-américanisme primaire qui caractérise encore une partie de la gauche française. Nous continuons à penser que la démocratie américaine a sauvé l’Europe de la dictature et continue à être un des points d’ancrage de la civilisation.
Obama porte spontanément les espoirs du monde progressiste par son équation personnelle plus que par son programme. Qu’un fils d’immigré kenyan ait réussi à se hisser au somment du Parti démocrate et puisse envisager de devenir Président des Etats-Unis témoigne de son talent bien sûr mais aussi de l’ouverture de la société américaine : cela serait il possible en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne ?
L’occasion de cette élection doit nous permettre aussi de comparer la vie démocratique aux Etats-Unis et en France pour en tirer quelques leçons.
Ce qui frappe dans le débat américain c’est le poids donné à l’histoire personnelle, de ce point de vue d’ailleurs les deux candidats ont une trajectoire remarquable : le démocrate qui démontre que le rêve américain peut se réaliser, le républicain au courage et au patriotisme admirable. C’est évidemment plus glorieux que l’histoire personnelle de nombre de nos hommes politiques français qui pourrait se résumer en : «est passé de fonctionnaire de l’administration à fonctionnaire de la politique».
La puissance de la convention démocrate à Denver donne aussi à penser, surtout quand on la compare au triste spectacle donné fin août à la Rochelle. On y voit l’abîme qui sépare un film de Spielberg du dernier Chabrol, Jimmy Hendrix et Yves Duteil, Jugnot et Brad Pitt.
Pour avoir passé de nombreuses années dans des entreprises américaines, j’ai pu mesurer leur professionnalisme impressionnant et l’optimisme énergisant qui les caractérisent.
Cela ne veut pas dire que les Etats-Unis soient une société idéale, elle peut être violente, injuste et il vaut mieux y être en bonne santé. Mais l’essentiel est que l’Amérique a une capacité à se réinventer selon le principe de la destruction créatrice de Schumpeter, elle génère une force considérable, une volonté de pragmatisme et de créativité.
Les américains attendent beaucoup moins de l’état que la plupart des européens car l’esprit pionnier est toujours là qui veut que dans le Far-West il vaut mieux compter d’abord sur soi.
Cela leur évite au moins le débat politique à la française avec nos cortège de pleureuses siciliennes et leur quête furieuse de prébendes.
Le rêve américain enfin est aussi celui de tous les progressistes, un rêve fait de tous les rêves, d’un monde pacifié, d’une diversité des cultures et des croyances.
Alors oublions quelques instants nos affaires franco-françaises, remisons nos histoires de camemberts dans leur boîte, et gardons à l’esprit quelque chose de Tennessee.

Deux conventions, deux époques

Après la convention républicaine le New York Times publie un dessin humoristique. On y voit John McCain conduire Sarah Palin, sa candidate fraîchement choisie à la vice-présidence, dans une jolie décapotable dont le volant est monté au-dessus de la banquette arrière et fait face à l’arrière de la route. Les deux co-listiers se dirigent fermement, droit devant, vers le passé.
On ne peut imaginer meilleur symbole pour représenter l’essence de cette convention. Et suggérer par contraste le degré auquel les discours prononcés à la convention démocrate la semaine précédente reflétaient les préoccupations actuelles des classes moyennes.

À Minneapolis, l’attention des intervenants autant que des médias s’est concentrée essentiellement sur les personnes, sur les biographies : McCain le héros, McCain l’ancien prisonnier de guerre, McCain le pilote homérique, McCain le rebelle, McCain l’iconoclaste. Palin la « maman hockey » (donc dotée d’assez de courage et de patience pour emmener régulièrement un fils à l’entraînement de hockey avec un équipement massif et se geler pendant des heures autour de la patinoire avant de le ramener), Palin la pourfendeuse du droit à l’avortement ayant valeureusement choisi d’accoucher d’un enfant trisomique, Palin la fustigeuse des politiciens corrompus au sein de son propre parti, Palin la chasseresse de caribou (on a moins mis en exergue son scepticisme à l’égard du réchauffement climatique, ses plaidoyers pour l’enseignement du créationnisme dans les écoles publiques, son soutien à la peine de mort, sa compréhension du politique comme expression de la volonté divine).

Tous ces spotlights illuminant des individus et des parcours personnels lors de la convention ont permis pendant quelques jours de maintenir une semi pénombre sur la pauvreté de l’ « offre » républicaine. Baisse des impôts, réduction des dépenses publiques et du rôle de l’État dans la vie économique et sociale, autorégulation des marchés - cette recette prônée par McCain est la quintessence de la pensée républicaine. C’est bien la formule qu’a appliquée Bush pendant huit ans, avec les résultats que nous voyons aujourd’hui sur les marchés financiers et de l’immobilier, dans la montée du chômage, dans la précarité que subissent 47 millions d’Américains sans protection de santé. Paradoxe suprême : alors même que pendant la convention McCain et ses co-équipiers faisaient l’apologie du non-interventionnisme cher aux Républicains, cette philosophie politique était sévèrement démentie par l’engagement du gouvernement fédéral dans le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac, seule option pour éviter le désastre. Dans son ensemble, la convention a à peine fait état de la grave crise qui secoue le pays depuis plus d’un an. Il est vrai que Phil Gramm, le mentor de McCain en économie, estime qu’il s’agit d’une « récession mentale » et que les Américains sont devenus une « nation de chialeurs ».

On peut par conséquent s’étonner d’avoir vu McCain voler à Obama son thème principal en se présentant lui-même comme l’agent du changement à Washington. Sans doute y a-t-il là une habile stratégie de campagne visant à priver de son contenu l’affirmation identitaire majeure de l’adversaire.

Par contre, il n’est en rien surprenant que la résilience de la menace terroriste dont les Républicains font leur miel depuis le 11 septembre 2001, la guerre en Irak et la nécessité de continuer à y « combattre l’ennemi » aient été le motif récurrent de cette convention. Quoi de mieux que le discours de la peur pour éviter de faire le bilan d’une guerre interminable, ingagnable ? Quoi de mieux que le discours de la peur et la désignation répétée d’un ennemi extérieur commun pour fédérer, en l’absence d’un programme apte à mobiliser des énergies réparatrices, créatrices ?

De même l’injonction sans cesse répétée pendant ces quelques jours de « forer, forer, forer » (au large des côtes américaines et en Alaska) comme remède au moins temporaire à la hausse des prix de l’essence avait pour but secret d’exacerber le nationalisme de l’auditoire (l’argument étant une réduction de la dépendance à l’égard du pétrole étranger). Cette proposition recèle aussi le sempiternel sous-entendu républicain que les Démocrates, qui s’opposent à cette approche, sont déloyaux à la patrie.

À Denver où se tenait la convention démocrate la semaine d’avant, le contenu des discours donnait par contre à penser qu’Obama a bien capté ce qui angoisse aujourd’hui les classes moyennes américaines. La conscience de la crise, de la hausse des prix de l’énergie, de la faillite de l’immobilier, était omniprésente dans les propos. Quoique moins consistant qu’on aurait pu le souhaiter, le discours d’Obama était plus convaincant sur l’existence d’un vrai programme politique que celui de McCain. Il reflétait bien la formule mixte d’encouragement au travail et de société solidaire des plus faibles qui est seule garante de réussite dans une économie de plus en plus globalisée.

Plus remarquable encore était le discours de Bill Clinton et son diagnostic à la louable précision du double problème de l’Amérique de Bush : à l’intérieur, le rêve américain assiégé, et dans le monde, le leadership des États-Unis affaibli.

Le programme démocrate, complété par l’audacieux plan environnemental défendu par Al Gore et l’engagement d’Obama d’élargir la protection de santé, semble donc bien apporter des réponses pertinentes aux maux de la société américaine pour aujourd’hui et pour demain.

Reste à savoir si Obama saura opposer une force suffisante à la machine républicaine, dont les campagnes l’emportent généralement en flattant les bas instincts de l’électorat indécis.

Rien n’est moins sûr.

dimanche 31 août 2008

Ceux qui font et ceux qui parlent.

Par Gilles Norroy,

Il y est arrivé Martin Hirsch, à force d’abnégation et de vigueur, à créer le Revenu de Solidarité Active et à le financer durablement.

On peut penser ce que l’on veut de l’efficacité de ce dispositif et contester son mode de financement, mais je crois que la politique est faite de symboles et celui-là est particulièrement fort : prélever sur les revenus du capital pour financer l’insertion des plus démunis. Le degré de civilisation d’une société se mesure par l’attention qu’elle porte aux plus faibles. Cela d’ailleurs est l’intérêt même des classes moyennes et supérieures : que cela soit par cette taxe ou par l’impôt, ils auraient de toute façon contribué à cette action.

Cette réforme n’est ni de droite, ni de gauche comme le dit Martin Hirsch, elle est !

Michel Rocard avec le RMI avait lancé la dynamique de ce dispositif social, mais force est de constater que le « I » comme insertion du RMI est resté lettre morte, il faut espérer que le RSA apportera une solution à cette réinsertion par le travail qui est source de dignité et d’espoir.

Cette réforme avait été envisagée par le gouvernement Jospin.

On pourrait à ce sujet reprendre la publicité de Sony : Jospin en a rêvé, Sarkozy l’a fait.

Pendant ce temps là, à la Rochelle nos ex-camarades parlaient…. en différents conciliabules.

Je crois partager avec quelques uns de mes amis des Progressistes qui ont le même itinéraire que moi, cette nostalgie de l’université d’été de La Rochelle, ce moment de retrouvailles où la douceur de la fin de l’été créait une sorte de pause conviviale avant les affrontements de la rentrée.

Ce que l’on en voit me fait moins regretter de ne plus y être.

Les socialistes auront à choisir entre la synthèse bouillabaisse de Martine Aubry qui regroupe contre nature ceux qui ont voté oui et non à l’Europe et les partisans de Bertrand Delanoë (je passe sous silence Ségolène Royal car le pire n’est jamais sûr et il ne faut pas tirer sur les ambulances…).

Martine Aubry à la tête du PS fera exploser celui-ci en moins de 6 mois, car sa méchanceté névrotique tuera son intelligence politique. Quand à Bertrand qui gère honnêtement Paris, comme s’il s’agissait de Clermont-Ferrand, il semble bien placé pour devenir une sorte de Guy Mollet et poursuivre l’immobilité créative de François Hollande.

A voir tout cela, je me réjouis d’être du côté de ceux qui avec Nicolas Sarkozy agissent.

samedi 2 août 2008

Pékin 2008: quatrième âge des Olympiades modernes?

Par Jacques Soppelsa,

Les Jeux Olympiques sont-ils restés, si tant est qu'ils le furent systématiquement depuis 1896, synonyme de stricts défis sportifs internationaux ? La réponse à cette interrogation, exprimée au lendemain des derniers Jeux d'Athènes, tendait régulièrement vers la négative. Mais les aléas de la saga pékinoise, au-delà de la question historique du Tibet et des corrolaires engendrés depuis quelques semaines, nous incitent désormais à être singulièrement plus réservés.

Les Jeux Olympiques sont-ils restés, si tant est qu'ils le furent systématiquement depuis 1896, synonyme de stricts défis sportifs internationaux ? La réponse à cette interrogation, exprimée au lendemain des derniers Jeux d'Athènes, tendait régulièrement vers la négative. Mais les aléas de la saga pékinoise, au-delà de la question historique du Tibet et des corrolaires engendrés depuis quelques semaines, nous incitent désormais à être singulièrement plus réservés. Expliquons nous.

Athènes 2004 a illustré, à nos yeux, l'apogée du troisième âge des Olympiades modernes, si l'on veut bien entériner l'idée (au demeurant assez universellement reconnue) que, depuis plus d'un siècle, ces manifestations au sommet ont bien épousé, y compris dans leurs résultats concrets, les aléas et les caractères fondamentaux de la Géopolitique et de la Géoéconomie mondiales.

Athènes 2004 a illustré, à nos yeux, l'apogée du troisième âge des Olympiades modernes, si l'on veut bien entériner l'idée (au demeurant assez universellement reconnue) que, depuis plus d'un siècle, ces manifestations au sommet ont bien épousé, y compris dans leurs résultats concrets, les aléas et les caractères fondamentaux de la Géopolitique et de la Géoéconomie mondiales.

Le premier âge, avec Coubertin, fut celui des utopies, de la nostalgie de l'antique, des grands principes gravés pour l'éternité dans le marbre de la Charte Olympique, de l'objectif majeur "du rapprochement entre les peuples " et de la promotion de la Paix ("Le mouvement olympique doit éduquer la jeunesse par le sport, dans un esprit de meilleure compréhension mutuelle et d'amitié, contribuant ainsi à construire un monde meilleur et plus pacifique").
D'Athènes (1896) à Paris (1924), ces principes sont d'autant plus (ou d'autant moins!) atteints que ces rendez-vous concernent quasi exclusivement les pays nantis du monde libéral, Etats-Unis et Europe Occidentale. Aux côtés des soeurs latines (France et Italie), ces confrontations de privilégiés s'illustrent surtout par les nombreux succès obtenus par les compétiteurs anglo-saxons et scandinaves.
Un premier âge non exempt de "dérives", déjà ! Songeons à l'éventuelle tricherie du marathonien grec Spiridon Louis, aux premiers "scandales" des Jeux de Paris (ceux des "Chariots de feu") à l'escrime ou au rugby par exemple ou, plus significative encore, la nature des compétitions de 1900 et de 1904, où l'association malheureuse des Jeux et des Foires Expositions Internationales va tendre à transformer les premiers, à tous égards, en Jeux du cirque!

Le deuxième âge voit s'affirmer de manière de plus en plus criante le rôle géopolitique des Olympiades, fondamentalement perçues comme des instruments privilégiés de propagande.
Berlin 1936, en ce domaine, est dans toutes les mémoires: l'Allemagne hitlérienne y rafle 32 médailles d'or, soit quelques 30% des titres mis en jeu, notamment dans les disciplines "nobles" que sont l'équitation, le tir, la gymnastique. Le Japon, en natation, l'Italie, du cyclisme à la gymnastique, de l'escrime à la boxe, confortent cette année là l'omniprésence des puissances de l'Axe. On se souvient moins bien (peut être faute d'une Leni Reifenstahl ) des succès spectaculaires de l'Italie mussolinienne obtenus quatre ans plus tôt à Los Angeles, et poursuivis, dans un autre cadre, par la double victoire de la Squadra Azzura aux tous nouveaux championnats du monde de football, en 1934 et 1938...
Du lendemain de la seconde guerre mondiale jusqu’aux seconds Jeux de Los Angeles (1984), les Olympiades confirment de manière criante l'affirmation du système géopolitique bipolaire et de logique des Blocs. Plus des deux tiers des lauréats de cette période (avec un équilibre global singulièrement significatif) concernent les Etats-Unis et l'URSS, en dépit d'une augmentation constante du nombre d'épreuves et de compétiteurs.
Un pourcentage plus élevé encore si l'on raisonne, non au niveau des seules Superpuissances, mais à celui de leur sphère d'influence. Le poing ganté de Carlos et Smith sur le podium de Mexico, le drame de Munich (1972), le boycott de l'Afrique à Montréal, celui des Américains et de leurs plus proches alliés à Moscou, celui des membres du Pacte de Varsovie à Los Angeles… illustrent sur bien des plans l'utilisation de ce rendez vous quinquennal à l'échelle du globe, sans omettre les séquelles d'une course de plus en plus frénétique aux pratiques inavouables, tristement illustrées, par exemple, par la République Démocratique Allemande.
Tout ceci conforte, pour cette longue période, l'étroite collusion entre préoccupations géopolitiques strictes, guerre froide, course aux armements et quête de médailles olympiques !

Le troisième âge, amorcé en Californie, développé à Séoul (1988) épanoui à Barcelone (1992), quasiment caricaturé à Atlanta (siège historique de Coca Cola… tout un symbole) pérennisé à Sydney (2000) et à Athènes (2004), se caractérise, mondialisation oblige, par l'universalisation des Jeux et l'emprise croissante des grandes firmes internationales. Plus de 170 pays à Sydney par exemple, contre... 13 à Athènes (1896) et 58 à Helsinki en 1952 !
Reflet de la nouvelle donne mondiale, en voie de multipolarisation avec l'effondrement de l'URSS ? Indéniablement. Mais cette universalisation s'est accompagnée au cours des vingt dernières années de l'intrusion tonitruante d'intérêts économiques de plus en plus colossaux. Au delà de l'inévitable penchant, ici ou là, au nationalisme, voire au chauvinisme et même si les hymnes nationaux ont continué à être entonnés en Géorgie, en Australie, en Grèce, personne ne prenait de grands risques en évoquant a priori le nom des grands vainqueurs des Olympiades : Adidas, Reebook, Nike, CNN, McDonald ou Coca Cola ! Coca Cola qui, et c'est plus un symbole qu'une simple coïncidence, était créé précisément à Atlanta par le pharmacien Candler l'année même où naissait un certain... Pierre de Coubertin!
Ce troisième âge aurait pu et dû se pérenniser. C'était sans compter sur le CIO et son approbation, en 2001, à la candidature présentée par Pékin !

Pékin : un quatrième âge?
Les prochaines Olympiades semblent commencer en effet par une situation quasi inédite: la collusion objective entre les intérêts géoéconomiques de ces grandes firmes transnationales (les Jeux de Pékin ne changeront vraisemblablement pas grand chose à l'omniprésence de ces dernières au plan géoéconomique) avec les intérêts strictement géopolitiques d'un Etat-continent qui rassemble quand même un quart de la population mondiale! Un Etat-continent qui doit affronter un double défi géopolitique :
Défi de géopolitique externe : concilier le souci pour les dirigeants communistes de pérenniser un système qui (c'est le moins que l'on puisse écrire), s'estime peu concerné par les critères sociaux en vigueur au sein du monde occidental, notamment les Droits de l'Homme, et une ouverture croissante au plan géoconomique vers, précisément, ce monde occidental !
Défi de géopolitique interne, la fracture de plus en plus nette entre une Chine littorale jouant à fond la carte de ladite ouverture et une Chine intérieure conjuguant avec un rare malheur maints fléaux sociétaux des espaces "sous développés, sans parler des questions du Tibet, voire (et on les oublie trop souvent, du SinKiang ou de la Mongolie).
Cette collusion entre le régime communiste de Pékin et les leaders de l'économie mondiale a été largement favorisée (consciemment ou sciemment) par les hiérarques et les bons apôtres du CIO qui, n'en doutons pas, ne pouvaient imaginer que le régime en question évoluerait de manière significative en quelques années.
Collusion qui devrait permettre à la puissance organisatrice de glaner de spectaculaire manière moultes médailles dans de nombreux domaines en ne rechignant sans doute guère à utiliser pour cela tout l'arsenal des moyens, y compris illicites, figurant dans l'arsenal classique ou moderne des usines à fabriquer les champions.

lundi 7 juillet 2008

Ingrid Betancourt, les FARC, quelles leçons pour les démocraties ?

Par Gilles Norroy,

La libération d’Ingrid Betancourt est un succès incontestable pour la Colombie, comme pour la France. En dehors de Ségolène Royal, qui a trouvé une nouvelle occasion de se ridiculiser, tous s’accordent à reconnaître que la mobilisation de l’opinion, l’énergie du Président Sarkozy ont évité le pire et permis cette action spectaculaire. Ingrid Betancourt nous donne aussi une leçon de vie et d’espoir dans la condition humaine par son courage et sa dignité bouleversante.

Au-delà de l’émotion de son retour, cela est aussi l’occasion de réfléchir aux formes actuelles de l’action subversive qui est un cauchemar pour de nombreux pays et une menace pour la plupart des autres, y compris le nôtre.

Les FARC de Colombie ne sont pas nées au hasard. Une longue tradition de violence avait créé une tradition de guérilla agraire en Colombie comme dans d’autres pays d’Amérique latine. Ce mouvement était en train de s’éteindre au début des années 60 quand l’Union Soviétique décida, après son échec dans l’affaire des fusées cubaines, de se venger des Etats-Unis en réactivant ce mouvement avec l’aide des cubains. Che Guevara théorisa cette démarche en déclarant qu’il fallait créer de nouveaux Vietnam en Amérique du Sud. Ce mouvement aurait pu s’éteindre à nouveau avec la chute du mur de Berlin, mais le narco trafic remplaça à point nommé l’aide des soviétiques, avant que les Pétrodollars de Chavez lui apportent un secours inespéré.

Un mouvement terroriste fonctionne en général en s’organisant en trois cercles concentriques.

Au centre le noyau dur idéologique et militaire, puis un cercle plus officiel celui de sa vitrine politique (en l’occurrence pour les FARC, pendant longtemps, le Parti Communiste de Bolivie), à l’extérieur enfin une mouvance culturelle et folklorique. L’ETA, avec Batasuna et les mouvements identitaires basques en est un autre exemple.

Il faut s’intéresser à ce troisième cercle culturel car il est indispensable à la survie des mouvements subversifs et à mon avis toujours à l’œuvre dans le monde. Gramsci a su très bien démontrer l’importance de l’action culturelle dans la prise du pouvoir, et inspirer d’ailleurs l’extrême gauche comme l’extrême droite. La disparition de l’Union Soviétique et du pacte de Varsovie n’a pas anéanti totalement l’espérance communiste. Il existe à l’état latent une sorte de nostalgie révolutionnaire que l’on trouve bien sûr dans le gauchisme ordinaire, type LO et LCR mais aussi dans la gauche du Parti Socialiste. On a vu se recréer ainsi au début des années 90, une sympathie pour un tiers-mondisme naïf. Le forum de Porto Alegre, la création d’Attac, les visites aux indiens du Chiapas et au guérillero d’opérette le sous-commandant Marcos ont constitué les temps forts de cette nostalgie d’une contestation radicale de la société démocratique. Pour la France, Le Monde Diplomatique, toujours silencieux quand il s’agit de Cuba, représente la quintessence de cette mouvance « bobo-guevariste », tout autant que la colonne vertébrale d’un néo-communisme. Sur le plan idéologique d’ailleurs, cette mouvance a marqué des points en faisant du libéralisme un repoussoir quand il devrait être d’abord le meilleur de la démocratie politique. Ce tiers-mondisme apparemment inoffensif est une aide inespérée pour les noyaux durs subversifs. Elle permet de recruter des « imbéciles utiles » pour reprendre la charmante expression de Lénine, de se doter de moyens financiers et de couverture pour des cadres, d’avoir une caisse de résonance dans l’opinion occidentale et de banaliser la violence politique en faisant des héros de brutes sanguinaires à la Che Guevara dont le T-shirt semble toujours populaire dans certains campus, comme chez les combattants des FARC.

Sur le plan international, de Cuba à Téhéran il y a une sorte de diagonale de la subversion, marxiste dans un cas, islamiste dans un autre qui donne des moyens d’Etat à ces groupes.

Sur le plan français, il ne faut pas négliger le renouveau du Gauchisme traditionnel qui s’est trouvé un leader compétent avec Besancenot et une courroie de transmission syndicale avec Sud.

Ce qui est arrivé à Ingrid Betancourt doit servir de leçon à tous et nous amener à être plus que jamais vigilants tout autant que progressistes.