Quel sera le sujet phare de la présidentielle de 2012 ?

mardi 27 janvier 2009

Franchir le rubicon

Par Gilles Norroy,

Il y a des Rubicon plus larges, plus profonds, plus difficiles à franchir, que d’autres.

Comme je le crois plusieurs de mes amis de les-progressistes.fr, je ne me voyais pas, il y a quelques mois encore, rejoindre l’U.M.P.

Homme de gauche de toujours, ayant bu pendant des années jusqu’à la lie les coupes amères pour rester malgré tout dans ma famille politique socialiste, mon soutien en 2007 à Nicolas Sarkozy, mon adhésion aux «Progressistes» d’Eric Besson ne me préparaient pas pour autant à ce choix politique.

Le débat était depuis mai 2007 de savoir quelle modalité politique était la plus efficace dans le cadre de la majorité présidentielle : création d’une force politique autonome, ralliement aux Radicaux ou aux Centristes.
Il est vrai qu’en politique, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, il est prudent de suivre l’adage anglais «Never say never».

Entre la Gauche et la Droite, il n’y a pas de fossé si grand, si l’on s’en tient à la promesse politique, aux programmes, et encore plus aux réalisations (surtout si l’on porte ce regard dans les autres pays). Mais entre familles politiques il y a des écarts culturels, de style, qui ne se mesurent que de l’intérieur. Les familles politiques sont aussi faites d’habitudes, des amitiés qui se créent, comme des inimitiés qui s’installent. Rejoindre une famille politique c’est souvent prendre le risque de ne pas s’y intégrer.


Pour ma part la vision que j’ai eu pendant longtemps de l’U.M.P et de ses prédécesseurs était celle d’un parti caporalisé de vieux messieurs lisant le Figaro, pouvait-on d’ailleurs rencontrer l’intelligentsia ailleurs qu’à Gauche ?
Ce n’est pas ce que j’ai ressenti en participant en tant qu’invité à ce premier Conseil National.
Question caporalisme je crains moins Xavier Bertrand que Martine Aubry et j’ai apprécié cette tonalité d’ouverture qui va bien au-delà des nouvelles responsabilités d’Eric Besson.

Pour que notre ralliement ait un sens nous devons manifester une triple volonté :
La première est de reprendre et continuer la tradition sociale gaulliste en faisant du pouvoir d’achat, de l’égalité des chances, de la participation, des préoccupations principales.
La deuxième est d’être une force qui soit au maximum à l’initiative du débat politique en faisant de la prospective une méthode, de l’imagination une obligation intellectuelle.

Le troisième est de rendre aux français le goût de la politique comme Barak Obama a su le faire avec les Américains : ce qui suppose de multiplier les débats, d’exprimer les choix politiques dans des alternatives claires, de trouver des lieux nouveaux pour l’expression politique.
L’année 2009 s’ouvre dans une conjoncture difficile, qui doit nous amener à nous inspirer de la pensée du Président Lincoln : « Les dogmes du passé paisible sont inadaptés au présent tempétueux. ».

Alors oui, Alea jacta est, prenons le risque de franchir le Rubicon, pour construire un grand mouvement au service des réformes et du progrès.

Avec Eric Besson, pour participer à la construction du Mouvement populaire, j'adhère à l'UMP.

Par Roger FAJNZYLBERG,

J'ai assisté samedi 24 janvier à la réunion du Conseil National de l'UMP au cours de laquelle son nouveau secrétaire général, Xavier Bertrand, a promis de faire du parti majoritaire un "mouvement populaire" et s'est fixé pour objectif de porter à 500.000 le nombre de ses militants en 2012. J'y étais parce que j'ai choisi de rejoindre le mouvement populaire que le Président de la République appelle de ses voeux et donc d'accompagner Eric Besson, au moment où il allait être désigné comme nouveau secrétaire général adjoint.

Ce choix, pour être honnête avec vous, il arrive sous une forme et à un moment que je n'imaginais pas de cette manière. Mais mon engagement en faveur du Président de la République et mon soutien à Eric Besson en ont décidé autrement. Ainsi vont les choses. Dans l'action politique, il faut savoir décider!

Pour quelqu'un comme moi, qui souhaite aller au bout de son engagement et qui a toujours été un militant politique, il m'est apparu normal de m'engager totalement. Comme l'avait exprimé Tony Blair, à l'occasion d'une des réunions auxquelles il a participé à Paris depuis un an, si j'avais été anglais, aujourd'hui je serais travailliste, si j'avais été espagnol, j'aurais été socialiste contre les conservateurs, si j'avais été américain, j'aurais voté Barack Obama contre Mac Cain et plus encore contre Sarah Palin.

Si Strauss-Kahn avait été le candidat de la gauche, je crois que je l'aurais soutenu, mais passer encore des décennies à ergoter sur des virgules pour me persuader que le parti avance dans le bon sens, comme je l'ai fait pendant vingt ans au PCF, puis passer du temps dans des batailles de courants du PS, qui ne sont pour l'essentiel que des batailles pour résoudre les questions d'ambitions personnelles, alors que nos concitoyens souffrent et que le monde bouge autour de nous, cela m'était devenu insupportable.


C'est la raison de mon soutien à celui des candidats qui était préparé à assumer la fonction présidentielle en ayant mesuré les enjeux et le niveau des réponses nécessaires. Depuis dix huit mois que j'ai choisi d'appuyer Nicolas Sarkozy, je ne le regrette pas. Bien au contraire!


Le Président a estimé, en accord avec les dirigeants du principal parti de la Majorité qu'aujourd'hui, il est temps d'engager la rupture pour faire de l'UMP le grand mouvement populaire que les Français attendent. Ils ont estimé que parmi les signes forts de cette rupture, l'ouverture de l'UMP à des militants politiques, venus de la gauche, pour apporter leurs sensibilités et contribuer à renforcer le camp du mouvement contre l'immobilisme, était souhaitable.
Symbole fort, ils ont proposé à Eric Besson de devenir secrétaire général adjoint du mouvement.
Dans ces conditions, j'ai décidé de rejoindre cette UMP modernisée et ouverte pour contribuer au succès de la politique en cours.

La rupture promise par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle en 2007 a été faite à l'Elysée, au gouvernement et aussi au Parlement, Aujourd'hui l'UMP "doit donner une autre image de la politique", s'ouvrir "à toutes les bonnes idées" et refléter la diversité de la société, a-t-il été affirmé fortement. Le secrétaire général a promis d'encourager le débat. "Bien sûr que les avis peuvent être différents. Mais je préfère le débat au sein du mouvement avec tous plutôt que le débat entre quelques-uns par médias interposés", a dit Xavier Bertrand, qui a promis qu'il n'y aurait pas de "sujet tabou". Le Conseil national avait auparavant adoubé la nouvelle direction et le nouveau bureau politique a ensuite élu Xavier Bertrand, et ses quatre adjoints dont Eric Besson.


L'accueil fait à Eric Besson et à sa démarche a été particulièrement saluée et applaudie, sincèrement, j'ai pu le mesurer. Il a été aux côtés de Xavier Bertrand, de François Fillon et au Président de la République la vedette de la réunion, tant auprès des cadres du parti que des médias.

"C'est un moment particulier. Depuis deux ans je suis membre de cette majorité présidentielle. Quand je m'engage je le fais à fond", a-t-il dit à son arrivée à la Maison de la Mutualité, bâtiment plutôt habitué aux meetings de la gauche situé dans un coin du Quartier Latin que je connaissais bien. "Comme ils m'ont dit que c'était à la Mutualité et que j'y ai quelques souvenirs, je me suis dit 'tiens je connais l'endroit, j'ai des repères'", a-t-il ajouté.
"Qu'il y ait quelques dents qui grincent (à l'UMP), ça me paraît normal."


Pour anticiper quelques réunions à venir, il y en aura aussi à Sèvres.

Même le député-maire de Nice Christian Estrosi, qui a dû céder son poste de secrétaire général adjoint, faisait contre mauvaise fortune bon coeur. "M. Besson a fait ses preuves, il n'a jamais fait défaut en terme de loyauté au président de la République", a-t-il dit. "C'est une vraie plus-value qu'il apporte à notre équipe.

"Affirmant vouloir «faire de l'UMP le parti du rassemblement national face à la crise», le Premier ministre a affirmé que, «par son parcours et sa sensibilité politique, Eric est naturellement différent de nous». Avant d'ironiser : «Encore que, je vais vous faire une confidence que vous ne répéterez pas, il y a moins de différences entre Eric et moi qu'entre les différents courants du Parti socialiste».

Renouvellement, rassemblement et diversité étaient les trois mots d'ordre des ténors de l'UMP. C'est donc pour nous une page qui se tourne et une nouvelle page qui s'ouvre.
J'espère que vous serez nombreux à nous rejoindre.

vendredi 9 janvier 2009

Le futur du futur !

La richesse du colloque « nouveau monde, nouveau capitalisme » ne saurait être résumée en quelques lignes, je me contenterai de relever quelques impressions.

La première est celle d’avoir assisté à un événement historique, non seulement par le rassemblement de grandes personnalités politiques et intellectuelles, mais surtout par l’ambition de la question posée.
Le président Sarkozy dans sa critique du capitalisme financier rappelle l’urgence des réponses à apporter, il le fait avec des tonalités que l’entendait plutôt à gauche sur ce sujet. Il ne s’agit plus de réformer, au sens de correction marginale, mais de refonder un système qui a certes contribué à la richesse du monde, mais a atteint aujourd’hui ses limites.

La deuxième est d’être frappé par la convergence des mesures envisagées sur le plan de la régulation financière : encadrement de la titrisation, modification des règles prudentielles des établissements, régulation des ventes à découvert, remise en cause des rémunérations des traders, tous s’accordent sur les principales mesures , même si l’appréciation peut varier sur le réglages des curseurs.

Le troisième point est celle du dépassement du clivage gauche-droite sur les mesures à apporter : quelle différence entre ce que dit Michel Rocard (qui rappelle opportunément que la régulation n’est pas forcement étatique), ce que propose Tony Blair ou le ministre de l’emploi britannique et les conclusions de François Fillon.

Le quatrième point porte sur le retour du politique. Fitoussi a fort opportunément rappelé que la légitimité du capitalisme n’est pas autre que celle de la démocratie, il n’y a d’économie que politique. François Chérèque met l’accent en écho sur le rôle de la prise en compte des partenaires sociaux (les stake holders versus les share holders selon la formule de nos amis anglo-saxons).

Le cinquième point porte sur la multi-polarité. Que des acteurs du tiers-monde aient participé aux débats parait essentiel. L’heure n’est plus à avoir un monde dirigé par une puissance unique, fusse-t-elle celle des Etats-Unis, ou par le club des pays riches, mais de passer du G8 au G20 sans parler du G185 pour reprendre la formule sympathique d’un des participants.
Un intervenant a parlé du futur du futur, c'est-à-dire de la façon de prévoir, de vouloir l’avenir. Le regard que les hommes portent sur leur avenir caractérise une société car cela varie selon les moments de l’histoire : nostalgie ou rêve débridé, optimisme ou catastrophisme.

Ce que je perçois des échanges de ce colloque nous ramène à une vision plus modeste du futur, une sorte de retour de la prudence qui a tant manqué aux acteurs du monde financier et que les politiques doivent aujourd’hui rappeler.

Le président Roosevelt aux prises avec la crise économique déclarait en 1932 : « le pays exige une expérimentation hardie et constante. Adopter une méthode et la mettre à l’épreuve, cela relève du sens commun. Si ça rate, l’admettre et en essayer une autre. Mais avant tout, il faut tenter ».

Ce retour du bon sens ne serait il pas le futur de notre futur ?

mercredi 7 janvier 2009

De la laïcité,

Par Jacques Soppelsa,

Lors de ses vœux à la nation, le Président Nicolas Sarkozy, à juste titre, a notamment souligné avec vigueur l’actualité de la notion de «solidarité». Un propos largement et positivement commenté par de nombreux médias. Paradoxalement, ces derniers, en revanche, n’ont guère insisté sur une autre allusion directe et tout aussi ferme de notre Président quant aux vertus de la laïcité, ce qui est relativement regrettable, car Nicolas Sarkozy, en la circonstance, a levé avec bonheur toute ambiguïté en la matière, à la vive satisfaction des républicains et des progressistes. On peut réaffirmer sans réserve que la «laïcité est une idée neuve, actuelle, qui doit être systématiquement promue car, plus que jamais, elle demeure la condition sine qua non du progrès économique, social, politique, de la France contemporaine.

On le sait, nous vivons, en la matière, dans le cadre désormais séculaire de la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, loi généralement considérée comme l’un des fondements majeurs de notre société. Une loi dont l’article premier est singulièrement éclairant : «La République assure la liberté de conscience. Elle garantit la liberté des cultes ».

La laïcité, en effet, n’est pas un combat contre l’esprit de religiosité en général et la liberté religieuse en particulier. C’est même précisément le contraire ! La loi de 1905 protège une liberté collective, celle de pratiquer les cultes «sans autre restriction que l‘intérêt de l’ordre public». Mieux même, son article 4 reconnaît «l’organisation interne des cultes». Mais la conscience libre de chaque citoyen, pour le laïque, ne peut en revanche être liée à un des pouvoirs étrangers aux processus démocratiques librement consentis. C’est à ce titre que la laïcité protège l’ensemble des institutions publiques des influences confessionnelles, comme de celle de tout autre type d’influences incompatibles avec les vertus démocratiques.

Double indépendance, donc : indépendance de l’Etat à l’égard des religions, et des religions à l’égard de l’Etat.

En rappelant dans ses voeux l’actualité du concept de laïcité, Nicolas Sarkozy a ainsi, de facto, souligné aussi que cette double indépendance montre aussi que cette loi s’inscrivait dans le droit fil des traditions philosophiques exprimées avec force sous la plume des penseurs du Siècle des Lumières, traditions solennellement réaffirmées et concrètement traduites, sous la Révolution française, par la proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen.

La laïcité a pour corollaire direct la stricte neutralité de l’Etat face aux convictions de chacun. Le choix de chaque individu en faveur de telle ou telle religion est libre, mais ce choix ne peut influencer l’organisation de la Cité et de la «res publica». Comme le soulignaient déjà les défenseurs de la proposition de loi, il y a donc plus d‘un siècle, «la loi respecte la foi, mais la foi ne peut bafouer la loi».

Dans notre pays, la laïcité garantit ainsi la neutralité des institutions publiques, et donc la liberté de chaque individu dans l’espace public, en accordant à ce dernier, quelle que soit sa confession (ou son absence de confession) des garanties rigoureusement égales. Et comme le confirme l’article premier de la Constitution de la Vème République, «la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale». «La Loi, toute la Loi, rien que la Loi».

Cette affirmation apparaît aujourd’hui plus que jamais valable. D’autant que son champ d’application s’est largement ouvert. Centrée au départ sur le strict financement des édifices religieux et sur la question de l’école, la laïcité concerne désormais tous les domaines de la vie publique, tant au plan culturel qu’économique, tant au plan social que sociétal.

Il était particulièrement bienvenu d’entendre le Président réaffirmer, en cette aube de l’an 2009, tristement riche, de par le monde, en exemples d’intolérance et de conflits fondés sur le refus viscéral de l’Autre, notre attachement aux vertus de la laïcité.