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lundi 7 juillet 2008

Ingrid Betancourt, les FARC, quelles leçons pour les démocraties ?

Par Gilles Norroy,

La libération d’Ingrid Betancourt est un succès incontestable pour la Colombie, comme pour la France. En dehors de Ségolène Royal, qui a trouvé une nouvelle occasion de se ridiculiser, tous s’accordent à reconnaître que la mobilisation de l’opinion, l’énergie du Président Sarkozy ont évité le pire et permis cette action spectaculaire. Ingrid Betancourt nous donne aussi une leçon de vie et d’espoir dans la condition humaine par son courage et sa dignité bouleversante.

Au-delà de l’émotion de son retour, cela est aussi l’occasion de réfléchir aux formes actuelles de l’action subversive qui est un cauchemar pour de nombreux pays et une menace pour la plupart des autres, y compris le nôtre.

Les FARC de Colombie ne sont pas nées au hasard. Une longue tradition de violence avait créé une tradition de guérilla agraire en Colombie comme dans d’autres pays d’Amérique latine. Ce mouvement était en train de s’éteindre au début des années 60 quand l’Union Soviétique décida, après son échec dans l’affaire des fusées cubaines, de se venger des Etats-Unis en réactivant ce mouvement avec l’aide des cubains. Che Guevara théorisa cette démarche en déclarant qu’il fallait créer de nouveaux Vietnam en Amérique du Sud. Ce mouvement aurait pu s’éteindre à nouveau avec la chute du mur de Berlin, mais le narco trafic remplaça à point nommé l’aide des soviétiques, avant que les Pétrodollars de Chavez lui apportent un secours inespéré.

Un mouvement terroriste fonctionne en général en s’organisant en trois cercles concentriques.

Au centre le noyau dur idéologique et militaire, puis un cercle plus officiel celui de sa vitrine politique (en l’occurrence pour les FARC, pendant longtemps, le Parti Communiste de Bolivie), à l’extérieur enfin une mouvance culturelle et folklorique. L’ETA, avec Batasuna et les mouvements identitaires basques en est un autre exemple.

Il faut s’intéresser à ce troisième cercle culturel car il est indispensable à la survie des mouvements subversifs et à mon avis toujours à l’œuvre dans le monde. Gramsci a su très bien démontrer l’importance de l’action culturelle dans la prise du pouvoir, et inspirer d’ailleurs l’extrême gauche comme l’extrême droite. La disparition de l’Union Soviétique et du pacte de Varsovie n’a pas anéanti totalement l’espérance communiste. Il existe à l’état latent une sorte de nostalgie révolutionnaire que l’on trouve bien sûr dans le gauchisme ordinaire, type LO et LCR mais aussi dans la gauche du Parti Socialiste. On a vu se recréer ainsi au début des années 90, une sympathie pour un tiers-mondisme naïf. Le forum de Porto Alegre, la création d’Attac, les visites aux indiens du Chiapas et au guérillero d’opérette le sous-commandant Marcos ont constitué les temps forts de cette nostalgie d’une contestation radicale de la société démocratique. Pour la France, Le Monde Diplomatique, toujours silencieux quand il s’agit de Cuba, représente la quintessence de cette mouvance « bobo-guevariste », tout autant que la colonne vertébrale d’un néo-communisme. Sur le plan idéologique d’ailleurs, cette mouvance a marqué des points en faisant du libéralisme un repoussoir quand il devrait être d’abord le meilleur de la démocratie politique. Ce tiers-mondisme apparemment inoffensif est une aide inespérée pour les noyaux durs subversifs. Elle permet de recruter des « imbéciles utiles » pour reprendre la charmante expression de Lénine, de se doter de moyens financiers et de couverture pour des cadres, d’avoir une caisse de résonance dans l’opinion occidentale et de banaliser la violence politique en faisant des héros de brutes sanguinaires à la Che Guevara dont le T-shirt semble toujours populaire dans certains campus, comme chez les combattants des FARC.

Sur le plan international, de Cuba à Téhéran il y a une sorte de diagonale de la subversion, marxiste dans un cas, islamiste dans un autre qui donne des moyens d’Etat à ces groupes.

Sur le plan français, il ne faut pas négliger le renouveau du Gauchisme traditionnel qui s’est trouvé un leader compétent avec Besancenot et une courroie de transmission syndicale avec Sud.

Ce qui est arrivé à Ingrid Betancourt doit servir de leçon à tous et nous amener à être plus que jamais vigilants tout autant que progressistes.