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lundi 15 décembre 2008

Inviter au banquet de la politique.

Par Gilles Norroy,

Le discours de Jean-Marie le Clézio lors de sa réception du prix Nobel de littérature m’a particulièrement ému. Il affirme que la responsabilité de l’écrivain est «d’inviter au banquet de la culture». Il cite en exemple Rabelais partant en guerre contre les cuistres universitaires de son époque, exprimant une langue verte, mais populaire. Il parle aussi de cette femme, sauvage dénudée au cœur de l’Amazonie, porteuse d’une merveilleuse et immense culture.
Je ne peux m’empêcher de penser que les propos de Le Clézio pourraient s’appliquer à la politique.

Qui aujourd’hui participe au banquet de la politique ?
Comme dans tout banquet, il y a ceux qui ne viennent que pour manger, ceux qui viennent pour parler, ceux qui servent, ceux qui invitent et ceux qui paient, c'est-à-dire tout le monde.
Ils sont des professionnels pour l’essentiel, parfois pour les accompagner les organisateurs de «spectacles politiques» invitent des «sachants» : économistes distinguées, politologues reconnus, experts en opinion etc. C’est le principe même des tables rondes où l’on mélange people de la politique et experts. La salle dans le meilleur des cas peut poser des questions et est surtout invitée à applaudir.
J’avoue ma lassitude à participer, depuis sans doute trop longtemps, à ce genre d’événement.
Comment trouver d’autres chemins à la politique ?
Comment la faire redevenir populaire pour éviter notamment qu’elle ne tombe aux mains des populistes ?
Cela passe d’abord par le langage même du politique qui doit s’efforcer d’employer les mots de tous les jours.
Cela passe aussi par le choix d’autres lieux pour s’exprimer : notre Président en montre l’exemple en choisissant de parler dans des entreprises beaucoup plus souvent que ses prédécesseurs.
Il s’agirait enfin, pour parler comme le Clézio, de donner la parole «aux sauvages porteurs d’une autre culture», par exemple ceux qui travaillent dans l’entreprise, c'est-à-dire la majorité des Français qui devient minorité oubliée dès lors que l’on rentre dans le champ politique.

Eric Besson propose de créer une confédération de la majorité où toutes les sensibilités pourraient s’exprimer.
Pour les Progressistes, symboles même de l’ouverture, c’est une opportunité mais aussi une obligation, car en politique il y a toujours besoin d’émerger, ce qui de mon point de vue n’est pas affaire de marketing politique, mais d’être capable dans le même mouvement de saisir l’esprit du temps et d’anticiper les changements à venir.
Redonner aux Français le goût de la politique, faire venir des énergies nouvelles dans le combat pour transformer la France, trouver des formes différentes pour le militantisme et l’engagement citoyen se résument assez bien dans la vision que l’on peut avoir des bonheurs d’un banquet : la convivialité et la découverte des autres, les noces recommencées du plaisir et de l’esprit.

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