Par Roger FALZJYNZBERG,
Y a t-il un vainqueur au sortir du congrès de Reims du Parti Socialiste? La réponse simpliste dirait que c’est Martine Aubry. La direction du parti socialiste l’a déclarée élue et le Conseil national qui se réunira mardi soir refusera probablement la demande de sa concurrente, Ségolène Royal, de rejouer le second tour de scrutin. Le Parti socialiste aura un nouveau premier secrétaire
Réponse probablement trop simple. Que vont peser, en effet, les 42 voix d’avance de Martine Aubry face à l’impressionnante dynamique qui a porté Ségolène Royal de 29% au vote des motions à près de 50% au second tour de l'élection du Premier secrétaire en passant par les 43% du premier tour alors que, partant de 25%, celle ci aurait dû atteindre 50 puis 57% si les reports arithmétiques s'étaient effectués ? Comment empêcher qu’à la légalité de l’arithmétique électorale qui est celle de Martine Aubry s’oppose la légitimité de la dynamique de Ségolène Royal qui montre clairement l’impopularité du Parti Socialiste, tel qu’il fonctionne, aux yeux d’un adhérent socialiste sur deux ?
Dimanche dernier, j'étais scotché devant la télévision pour assister à la diffusion, en direct par la Chaîne Parlementaire de la représentation, ou plutôt du happening que nous offrait le PS. Je revivais, avec recul cette fois, le congrès de Rennes que j'avais vécu de l'intérieur comme responsable départemental de la motion 1 (Jospin). Dix huit ans après j'avais le sentiment d'un bon remake mais d'une catastrophe politique pour ce parti que j'ai quitté parce qu'à mes yeux, il est dans l'incapacité de servir; dans l'incapacité, malgré le dévouement de ses adhérents et le travail de ses élus locaux, de jouer un rôle utile dans le débat démocratique pour rassembler celles et ceux qui veulent servir le progrès.
Ce qui devait arriver, arrive. Avec des amis nous avions imaginé des scénarios catastrophe. Celui qui est représenté devant nos yeux, est au delà de ce que je pensais. Martine Aubry est le plus petit commun dénominateur des adversaires de Ségolène Royal, mais celle-ci incarne plus clairement un leadership qui probablement correspond mieux au profil d’un futur candidat à la présidence de la République ?
Comment nier que pèsera toujours sur ses adversaires de circonstance le soupçon d’avoir par tous les moyens barré la route à celle qui prétend incarner le renouvellement, l'adaptation aux défis à relever dans les années qui viennent ? Même déclarée vaincue, Ségolène Royal est le vainqueur de ce congrès et, telle la statue du commandeur, elle va se dresser constamment face à une direction nécessairement sur la défensive et incapable d’adopter une ligne politique commune ?
Victoire d’Aubry à la Pyrrhus, victoire réelle de Ségolène donc ? Pas si sûr. Car les véritables vainqueurs du congrès de Reims pourraient bien être ceux qui ont décidé de rompre avec le PS et de rejoindre Nicolas Sarkozy pour affronter les défis qui se dressent devant notre société et devant le monde. J'en suis de plus en plus convaincu. La fonction de défricheurs de notre groupe les-progressistes.fr apparaît, plus que jamais utile à la société française que ce congrès de Reims.
Comme l'a dit Manuel Valls, l’un des lieutenants de Ségolène Royal, la fracture du PS «sera longue et durable» si les adhérents ne sont pas appelés à revoter, ce qui est peu probable. Ainsi donc vont se dresser l’un contre l’autre deux personnalités, deux camps, deux partis même, pourrait-on dire, dont aucun ne reconnaîtra la victoire de l’autre. Tous les présidentiables, Martine Aubry, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal et quelques autres n'auront qu'une idée en tête, car on les connaît bien, ce sera de faire tomber les autres et à ce jeu, comme d'habitude, tout le monde tombera. Aucun rassemblement ne sera possible et tout affaiblissement d’un camp par l’autre sera aussi un affaiblissement du parti dans son ensemble, en admettant même que le parti demeure uni - ce qui, certes, est le plus probable mais n’est plus absolument certain. Deux camps, voire trois ou quatre, qui ont une conception radicalement différente de ce que doit être demain l’organisation socialiste, sa stratégie et bien sûr… son leader.
Le congrès de Reims débouche sur le résultat exactement inverse à celui annoncé. Le Parti socialiste avait un besoin vital de se donner rapidement un leader fort et légitime. Il a échoué. Il lui faudra dans l’avenir revoir l’ensemble de ses processus internes de désignation. Incapable de gérer la question du leadership, il apparaît inutile.
Un parti, celui d’Epinay, est mort cette nuit, mais le nouveau parti socialiste n’est pas près de naître. Cet entre-deux risque de coûter très cher aux socialistes et partant à la démocratie française elle-même.
mardi 25 novembre 2008
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