Par Gilles Norroy,
Ayant participé à la rédaction de la motion social-libérale présentée en 2005 au congrès du Parti Socialiste du Mans qui avait recueilli 0,65% des voix, je m’interroge en souriant sur le succès qu’elle aurait au congrès de Reims : sans doute encore moins.
C’est vrai qu’avec la crise financière, il n’est pas très politiquement correct à Droite, comme à Gauche de se référer au libéralisme.
Au Parti Socialiste seul Bertrand Delanoë avait tenté l’aventure, pour se moderniser avant l’été, en essayant de réhabiliter le mot libéral dans son livre mais il a bien vite rengainé l’argument pour se fondre dans le brouet insipide des motions.
Et pourtant, « perinde ac cadaver », je persiste et signe à penser que ce qui se passe dans le monde ne me fait pas renoncer à cette vision politique.
L’histoire de l’humanité a montré que chaque grand courant de pensée a porté en son sein sa destruction : le fascisme a tué le nationalisme, le Goulag le rêve d’une société égalitaire, et pourtant le patriotisme, le désir d’une société fraternelle sont ils sans valeur ? Wall Street va-t-il tuer le capitalisme ?
Il n’est pas besoin de démontrer que l’économie de marché reste «le plus mauvais système à l’exclusion de tous les autres» pour produire des richesses.Que nos nostalgiques de l’économie administrée aillent donc démontrer à un tchèque, un lituanien que c’était mieux avant, ou à un coréen du sud que c’est mieux de l’autre côté !
La crise financière ne prouve pas l’échec du libéralisme mais celui d’un ultra-libéralisme qui a perdu ses repères.
Les fondateurs du libéralisme Adam Smith, Malthus, Ricardo, ne séparaient pas leur théorie économique d’une vision morale et sociale qui peine aujourd’hui à se faire entendre.
Le libéralisme ne se conçoit pas sans règles.
Je ne prendrai qu’un exemple, qui concentre tous les autres, celui des difficultés que traversent les Caisses d’Epargne.
Au-delà des mésaventures d’un trader, Kerviel au petit pied (il n’a perdu que 700 millions d’euros !) on ne fait pas assez savoir que les « papys-mégalo » qui dirigeaient cette société ont cru pouvoir jouer dans la cour des grands en rachetant un établissement basé aux Bermudes qui était un des principaux recycleurs de sub-primes au monde. Au final les Caisses d’Epargne ont du débourser plus d’un milliard d’euros pour renflouer cette société.
On voit bien au travers de cette péripétie, qui démontre que l’on peut passer de 150 ans de gestion Louis Philipparde de l’argent des déposants, à l’aventure sans contrôle, ce qu’il convient de corriger sur un plan national et international.
D’abord la gouvernance des entreprises, pour s’assurer que les pratiques d’un dirigeant soient encadrées par des administrateurs indépendants et efficaces et non pas des amis complaisants.
Ensuite l’établissement de règles prudentielles plus contraignantes empêchant les établissements financiers de jouer avec un argent qu’ils n’ont pas, celui des déposants qui ne leur appartient pas.
Cela pose aussi les limites à mettre en œuvre dans la circulation des produits financiers : faut-il continuer à autoriser la titrisation sans limites, les produits dérivés, les ventes d’actions à découvert ?
Enfin il faut aborder la question des paradis fiscaux. Il est temps de faire en sorte que le droit d’ingérence humanitaire, cher à notre ami Bernard Kouchner, soit complété par un droit d’ingérence fiscal.L’économie de marché n’est pas l’impunité de la mafia.
Au fond ce dont a besoin notre système économique, c’est de redonner place à une éthique.L’éthique personnelle c’est la capacité de confronter son action à des principes moraux. Elle vise à maîtriser le diable qui est en nous pour reprendre le propos de Schopenhauer.
L’éthique économique a une visée similaire, elle vise à protéger le marché de ses égarements.Elle suppose aussi que la question sociale soit au cœur de la préoccupation éthique : un capitalisme vertueux qui ne ferait pas de la juste répartition des richesses un impératif ne répondrait pas à la préoccupation morale qui le fonde.
La période présente est bien celle d’un retour au politique car le capitalisme n’est pas un projet de société à la différence des autres idéologies totalisantes, mais une façon efficace d’accumuler les moyens de la croissance.
La panne du Parti Socialiste qui peine à rassembler dans le débat des motions de son congrès quelques fonctionnaires aux cheveux blancs, s’explique par l’effondrement de la base idéologique de la social-démocratie qui avait pour ambition de redistribuer plus équitablement les richesses produites par l’économie de marché.
Ce système a eu ses vertus pendant quelques dizaines d’année, il touche aujourd’hui à sa fin car il n’arrive pas à penser l’économie de marché en terme de production.
Dans la situation française, il ne suffit pas de se satisfaire d’un Président qui est à la manœuvre avec efficacité. Il faut accompagner son action par un renouveau de ses fondamentaux philosophiques. Cela suppose, car la problématique est mondiale, que la discussion soit portée au niveau international.
Pour les sociaux-libéraux la politique est l’espace qui va de la liberté individuelle à celui de la responsabilité collective.
Remettre de la morale en politique c’est un vaste programme, mais c’est sûrement l’honneur des Progressistes que de contribuer à le poser dans et au-delà de la majorité présidentielle.
lundi 3 novembre 2008
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