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mercredi 7 janvier 2009

De la laïcité,

Par Jacques Soppelsa,

Lors de ses vœux à la nation, le Président Nicolas Sarkozy, à juste titre, a notamment souligné avec vigueur l’actualité de la notion de «solidarité». Un propos largement et positivement commenté par de nombreux médias. Paradoxalement, ces derniers, en revanche, n’ont guère insisté sur une autre allusion directe et tout aussi ferme de notre Président quant aux vertus de la laïcité, ce qui est relativement regrettable, car Nicolas Sarkozy, en la circonstance, a levé avec bonheur toute ambiguïté en la matière, à la vive satisfaction des républicains et des progressistes. On peut réaffirmer sans réserve que la «laïcité est une idée neuve, actuelle, qui doit être systématiquement promue car, plus que jamais, elle demeure la condition sine qua non du progrès économique, social, politique, de la France contemporaine.

On le sait, nous vivons, en la matière, dans le cadre désormais séculaire de la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, loi généralement considérée comme l’un des fondements majeurs de notre société. Une loi dont l’article premier est singulièrement éclairant : «La République assure la liberté de conscience. Elle garantit la liberté des cultes ».

La laïcité, en effet, n’est pas un combat contre l’esprit de religiosité en général et la liberté religieuse en particulier. C’est même précisément le contraire ! La loi de 1905 protège une liberté collective, celle de pratiquer les cultes «sans autre restriction que l‘intérêt de l’ordre public». Mieux même, son article 4 reconnaît «l’organisation interne des cultes». Mais la conscience libre de chaque citoyen, pour le laïque, ne peut en revanche être liée à un des pouvoirs étrangers aux processus démocratiques librement consentis. C’est à ce titre que la laïcité protège l’ensemble des institutions publiques des influences confessionnelles, comme de celle de tout autre type d’influences incompatibles avec les vertus démocratiques.

Double indépendance, donc : indépendance de l’Etat à l’égard des religions, et des religions à l’égard de l’Etat.

En rappelant dans ses voeux l’actualité du concept de laïcité, Nicolas Sarkozy a ainsi, de facto, souligné aussi que cette double indépendance montre aussi que cette loi s’inscrivait dans le droit fil des traditions philosophiques exprimées avec force sous la plume des penseurs du Siècle des Lumières, traditions solennellement réaffirmées et concrètement traduites, sous la Révolution française, par la proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen.

La laïcité a pour corollaire direct la stricte neutralité de l’Etat face aux convictions de chacun. Le choix de chaque individu en faveur de telle ou telle religion est libre, mais ce choix ne peut influencer l’organisation de la Cité et de la «res publica». Comme le soulignaient déjà les défenseurs de la proposition de loi, il y a donc plus d‘un siècle, «la loi respecte la foi, mais la foi ne peut bafouer la loi».

Dans notre pays, la laïcité garantit ainsi la neutralité des institutions publiques, et donc la liberté de chaque individu dans l’espace public, en accordant à ce dernier, quelle que soit sa confession (ou son absence de confession) des garanties rigoureusement égales. Et comme le confirme l’article premier de la Constitution de la Vème République, «la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale». «La Loi, toute la Loi, rien que la Loi».

Cette affirmation apparaît aujourd’hui plus que jamais valable. D’autant que son champ d’application s’est largement ouvert. Centrée au départ sur le strict financement des édifices religieux et sur la question de l’école, la laïcité concerne désormais tous les domaines de la vie publique, tant au plan culturel qu’économique, tant au plan social que sociétal.

Il était particulièrement bienvenu d’entendre le Président réaffirmer, en cette aube de l’an 2009, tristement riche, de par le monde, en exemples d’intolérance et de conflits fondés sur le refus viscéral de l’Autre, notre attachement aux vertus de la laïcité.

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