Par Gilles Norroy,
Il y a des Rubicon plus larges, plus profonds, plus difficiles à franchir, que d’autres.
Comme je le crois plusieurs de mes amis de les-progressistes.fr, je ne me voyais pas, il y a quelques mois encore, rejoindre l’U.M.P.
Homme de gauche de toujours, ayant bu pendant des années jusqu’à la lie les coupes amères pour rester malgré tout dans ma famille politique socialiste, mon soutien en 2007 à Nicolas Sarkozy, mon adhésion aux «Progressistes» d’Eric Besson ne me préparaient pas pour autant à ce choix politique.
Le débat était depuis mai 2007 de savoir quelle modalité politique était la plus efficace dans le cadre de la majorité présidentielle : création d’une force politique autonome, ralliement aux Radicaux ou aux Centristes.
Il est vrai qu’en politique, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, il est prudent de suivre l’adage anglais «Never say never».
Entre la Gauche et la Droite, il n’y a pas de fossé si grand, si l’on s’en tient à la promesse politique, aux programmes, et encore plus aux réalisations (surtout si l’on porte ce regard dans les autres pays). Mais entre familles politiques il y a des écarts culturels, de style, qui ne se mesurent que de l’intérieur. Les familles politiques sont aussi faites d’habitudes, des amitiés qui se créent, comme des inimitiés qui s’installent. Rejoindre une famille politique c’est souvent prendre le risque de ne pas s’y intégrer.
Pour ma part la vision que j’ai eu pendant longtemps de l’U.M.P et de ses prédécesseurs était celle d’un parti caporalisé de vieux messieurs lisant le Figaro, pouvait-on d’ailleurs rencontrer l’intelligentsia ailleurs qu’à Gauche ?
Ce n’est pas ce que j’ai ressenti en participant en tant qu’invité à ce premier Conseil National.
Question caporalisme je crains moins Xavier Bertrand que Martine Aubry et j’ai apprécié cette tonalité d’ouverture qui va bien au-delà des nouvelles responsabilités d’Eric Besson.
Pour que notre ralliement ait un sens nous devons manifester une triple volonté :
La première est de reprendre et continuer la tradition sociale gaulliste en faisant du pouvoir d’achat, de l’égalité des chances, de la participation, des préoccupations principales.
La deuxième est d’être une force qui soit au maximum à l’initiative du débat politique en faisant de la prospective une méthode, de l’imagination une obligation intellectuelle.
Le troisième est de rendre aux français le goût de la politique comme Barak Obama a su le faire avec les Américains : ce qui suppose de multiplier les débats, d’exprimer les choix politiques dans des alternatives claires, de trouver des lieux nouveaux pour l’expression politique.
L’année 2009 s’ouvre dans une conjoncture difficile, qui doit nous amener à nous inspirer de la pensée du Président Lincoln : « Les dogmes du passé paisible sont inadaptés au présent tempétueux. ».
Alors oui, Alea jacta est, prenons le risque de franchir le Rubicon, pour construire un grand mouvement au service des réformes et du progrès.
mardi 27 janvier 2009
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