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dimanche 14 juin 2009

Après le scrutin du 7 juin 2009

Par Michel Naud,

Le résultat des élections européennes est un succès pour le Président de la République et la majorité présidentielle. Affirmer ceci n’est ni un scoop ni faire preuve d’un triomphalisme débridé pour ceux qui, tels les-progressistes.fr, s’inscrivent dans cette majorité. Les clés de la compréhension du résultat du scrutin faisaient l’objet d’un large consensus de la part des observateurs politiques 1: la majorité devait arriver en tête et dépasser les 25 % pour pouvoir affirmer qu’elle échappait à la « sanction » du mi-mandat. Avec près de 28 % la majorité est fondée à affirmer qu’en dépit de la forte abstention ce résultat représente un signe fort de soutien à l’action du Président de la République, et signe un succès indéniable de Xavier Bertrand à la tête de l’UMP.

Les autres grands vainqueurs de ces élections européennes sont bien évidemment les tenants de l’écologie politique et de l’altermondialisme. Les mêmes analystes politiques considéraient encore à la veille du scrutin qu’un résultat situé entre 10 et 12 % représenterait pour la liste Europe Ecologie une performance plus qu’honorable. « Au dessus de 12 %. Daniel Cohn-Bendit en rêve » écrivait Jean-Baptiste Garat dans le Figaro. Autant dire qu’avec plus de 16 % cette performance est un véritable défi pour l’analyse politique.

Par delà tous les commentaires qui recèlent tous une part de vérité (des élections particulières, un mode de scrutin particulier, l’intelligence politique et le charisme de Daniel Cohn-Bendit, l’absence d’alternative politique crédible à gauche, la part d’impondérable que représente la diffusion du film Home, etc.), il ne pourra pas être fait l’économie d’une prise en compte politique du malaise dont ce résultat est un symptôme, malaise quant au présent qui s’enracine dans une inquiétude plus grande encore sur l’avenir.

Qu’on ne se méprenne pas, et le parti socialiste s’en désespère : il n’est point ici question de l’inquiétude réelle, profonde, et malheureusement fondée, relative aux conséquences sociales de la crise économique mondiale qui frappe au cœur de nos forces vives ; au regard de cette inquiétude ci le résultat est clair, et la contre-performance de la gauche de la gauche en est une autre signature : les électeurs français ont renouvelé le mandat donné au Président de la République pour tenir la barre pendant une tempête qui est loin d’être finie ; tel est, à n’en pas douter, le message des 28 % de suffrages exprimés qui se sont portés sur les listes de la majorité à la moitié d’un mandat que le Président de la République aurait certainement souhaité avec moins de turbulences.

Le message explicite porté par celles et ceux qui ont porté leur voix aux listes écologistes, mais aussi à quelques autres, est l’expression d’un pessimisme suivant lequel l’humanité irait « droit dans le mur ». Que le diagnostic réalisé exprime une inquiétude relative aux impacts des activités humaines sur son environnement ou qu’il exprime une méfiance relative au stade actuel de la mondialisation, c’est bien d’une défiance générale plus profonde à l’égard de la « modernité » qu’il témoigne, que celle-ci soit présentée, selon les répertoires, comme « libérale », « capitaliste », « occidentale », « technicienne » ou même « consumériste ».

Luc Ferry l’exprimait encore il y a peu devant l’Académie des Sciences : alors que le progressisme des Lumières œuvrait à « libérer l’humanité de la double tyrannie de la nature et de la superstition. Cet optimisme s’est complètement renversé aujourd’hui en son contraire ». L’imprégnation par le pessimisme décrit par d’aucuns comme « postmoderne » ne se mesure évidemment pas que par cette performance électorale présente. Les accueils réservés en France, et ailleurs, à des films tels que « La Vérité qui dérange » ou « Le Monde selon Monsanto », malgré les approximations voire les contrevérités qu’ils véhiculaient, en étaient d’autres signatures.

Ainsi, progressivement, depuis la fin des années 60, l’épicentre de l’opposition, plus ou moins sourde, ou plus ou moins explicite, mais toujours présente à la modernité, la science, la raison, le progrès voire au développement lui-même s’est installé, semble-t-il de façon durable, au sein de ce qui fut la gauche. Cela peut sembler paradoxal puisque, depuis le début de son histoire, ainsi que le rappelait Eric Besson s’opposant aux thèses portées par Ségolène Royal, « la gauche, c’est la croyance que le progrès est un facteur d’émancipation ; la conviction, raisonnée, qu’il faut être du côté des avancées technologiques, du développement, de l’industrie.»2. « Etre de gauche, disait pour sa part en écho Claude Allègre devant les-progressistes.fr le 17 septembre 2007, c’est croire au progrès. Croire au progrès, ce n’est pas croire que celui-ci est inévitable et linéaire. C’est être persuadé que l’homme, par sa capacité d’analyse des situations et le biais de la technique, peut résoudre les problèmes qu’il a lui même engendrés.»3

Alors, « défaire le développement » et « en finir avec l’idéologie du progrès » pour « refaire le monde », comme le proposent les amis de José Bové 4? Ou « utiliser le progrès scientifique et technique au service de l’environnement et du développement » en considérant « la mondialisation comme une opportunité » comme l’affirment les-progressistes.fr ?

Nos concitoyens ne seront pas dupes de ceux qui colorieront leur discours en vert parce que c’est dans l’air du temps.

Il n’y a guère d’autre choix durable que de faire le pari de l’intelligence.

Bien sûr, personne de raisonnable ne peut, par exemple, durablement envisager que l’on nourrira neuf milliards d’habitants en généralisant « l’agriculture biologique » 5; personne de raisonnable ne peut non plus durablement envisager de satisfaire les besoins énergétiques croissants de neuf milliards d’habitants, tout en maîtrisant les émissions de gaz à effet de serre et en même temps « sortir du nucléaire »6. Mais il n’empêche que l’écologie pose aussi de vraies questions. Et il ne suffira pas de disqualifier ceux qui les posent en caractérisant le caractère réactionnaire de leurs aspirations ou le totalitarisme du « nouvel ordre écologique » dont ils rêvent.7 Personne ne convaincra jamais l’opinion publique que les militants écologistes, aussi radicaux soient-ils, sont plus dangereux que les menaces qu’à tort ou à raison, mais quelquefois à raison, elle perçoit. Il faut donc retrousser ses manches ; devenir les artisans d’un progrès maîtrisé et partagé ; non seulement montrer que l’écologie politique n’est pas en mesure de fournir les bonnes réponses, mais être en mesure d’en proposer, de les expliquer et de les faire partager ; redonner à nos concitoyens confiance en soi et en l’avenir ; faire preuve de volontarisme et de courage ; démontrer esprit d’entreprendre et pragmatisme ; repousser les frontières de la connaissance ; conquérir des nouveaux territoires scientifiques, techniques, culturels, économiques et commerciaux. Bref, il y a du boulot et décidément, l’écologie est une affaire trop sérieuse pour la confier aux écologistes… à nous d’en apporter la preuve !

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